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La numérisation est un enrichissement de la démocratie représentative pour les présidentes et présidents des parlements de l’UE

La numérisation : un bien ou un mal pour la démocratie représentative ? C’est la question sur laquelle s’est penchée la conférence des présidentes et présidents des parlements des États membres de l’UE et du Parlement européen, le lundi 10 mai 2021. Elle est un peu les deux à la fois, a-t-on souvent entendu dans les interventions. Plusieurs heures de discussion n’ont pas fourni une réponse claire et univoque. Du côté positif, pour bon nombre d’intervenants, il y a la possibilité d’améliorer la participation de la population aux décisions politiques. De l’autre côté, beaucoup ont dit leur inquiétude quant à une utilisation abusive des données par les gestionnaires de plateformes, un abaissement du niveau du débat politique confronté aux « fake news », aux discours de haine et au manque de communication en temps réel. 

Face à ces défis, les présidentes et présidents de parlements n’entendent cependant pas détourner le regard. La vice-présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, a résumé le point de vue de la plupart des participants à la discussion : la démocratie libérale ne peut fonctionner qu’à travers la démocratie représentative et des institutions fortes. La démocratie directe favorisée par la numérisation peut enrichir la démocratie représentative, en réduisant la distance entre les femmes et hommes politiques et les électrices et électeurs, « mais elle ne saurait la remplacer », a poursuivi Roberta Metsola.
 
Des plateformes « made in Europe » pour la conférence sur l’avenir de l’Europe

Les oratrices invitées à la conférence considèrent elles aussi que l’avancée du numérique ne doit pas être un motif de crainte, même s’il existe une nécessité d’agir dans ce domaine. Pour Jeanette Hofmann, politologue, les plateformes Internet doivent être régulées, mais il ne faut pas les voir comme un danger. L’économiste Francesca Bria a évoqué le lancement, la veille, de la conférence sur l’avenir de l’Europe, qui constitue une grande chance historique. Les technologies utilisées pour cette « manifestation participative à grande échelle sur l’avenir de l’Europe » ne proviennent pas des États-Unis, comme de nombreuses autres plateformes, mais elles sont « made in Europe » : financées par un programme européen pour la recherche et l’innovation. 

Pour Wolfgang Schäuble, l’espace de discussion commun indispensable à la démocratie s’estompe

Au début de la discussion, le président du Bundestag, Wolfgang Schäuble, 78 ans, a avoué être comme un « immigrant numérique » : « Le tout numérique en politique, ça ne me va pas », a-t-il souligné. La politique a besoin de rencontre, de compagnonnage, de confrontation avec le monde réel. Internet a été accompagné à une époque d’un espoir d’une démocratie meilleure, « plus assurée », a poursuivi le président du Bundestag. Il est vrai que la numérisation permet plus facilement à tout un chacun de s’impliquer : on pense à la conférence sur l’avenir de l’Europe qui mise sur les instruments numériques pour convier le plus grand nombre possible d’Européens à y prendre part. Plus de participation ne signifie toutefois pas nécessairement plus d’acceptation des décisions prises. De plus, l’« économie de l’attention guidée par des algorithmes » sur le net génère des fragments de sphère publique qui se rigidifient, favorise la haine et la désinformation, et « polarise nos sociétés », affirme Wolfgang Schäuble. C’est alors l’espace de discussion commun indispensable à la démocratie qui s’estompe.

Les algorithmes ont seulement un effet de loupe, selon Jeanette Hofmann

Pour la professeure Jeanette Hofmann, la technique numérique n’est cependant pas la cause de tout cela. Ce sont des personnes en chair et en os qui propagent la désinformation : selon elle, 80 à 90 pour cent des « fake news » sont imputables à un pour cent des utilisateurs d’Internet. Les algorithmes ont simplement un effet de loupe. De son point de vue, il n’y a pas lieu de considérer les réseaux sociaux en bloc comme un danger pour la démocratie. Afin de casser le pouvoir des grands opérateurs de plateformes, ou du moins de le réduire, Jeanette Hofmann suggère la création d’une sorte de « conseil de l’audiovisuel pour l’ère du numérique ». Il vaut mieux une régulation des médias hors des structures étatiques – les plateformes sont en définitive elles aussi des médias – que de donner mandat aux opérateurs pour qu’ils effacent des contenus, ce qui accroîtrait encore leur pouvoir. 

Des technologies numériques définies et commandées démocratiquement

Francesca Bria a évoqué la crise de confiance à laquelle sont confrontés les parlements eu égard à leur incapacité à se donner des objectifs à long terme et à les mettre en œuvre. Une lueur d’espoir provient toutefois des dispositifs hybrides accélérés qui permettent la participation citoyenne aux processus de décision. « Cela doit devenir un élément essentiel de nos institutions actuelles », a-t-elle réclamé. Il existe sinon le danger de ne plus se reconnaître dans ces institutions. Un autre danger est aussi celui de la privatisation des processus de décision par les grands opérateurs de plateformes. On a dès lors besoin d’alternatives pour la démocratie numérique, selon Francesca Bria. Des technologies numériques définies et commandées démocratiquement sont indispensables pour consolider la démocratie. 

Pour Reiner Haseloff, il faut une solution aux problèmes qui préoccupent les gens en Europe

Reiner Haseloff, ministre-président du Land de Saxe-Anhalt et président en exercice du Bundesrat, a salué le lancement (en ligne) de la conférence sur l’avenir de l’Europe. Une chose est cependant claire pour lui : « L’avenir de l’Europe ne se décidera pas à cette conférence ». Il se décidera en apportant une solution aux problèmes qui préoccupent beaucoup de gens en Europe. Il faut une confiance de fond dans la politique, a affirmé le président du Bundesrat. Mais si le mécontentement vis-à-vis du politique est tel que les gens n’attendent même pas d’amélioration en cas d’alternance politique, « cela devient dangereux pour la stabilité de la démocratie ». Il faut maintenant voir s’il est possible d’assister dans le monde numérique à un débat d’opinions pacifique ou à un discours dans lequel l’opinion de l’autre est considérée comme un enrichissement. 

Les plateformes sociales doivent s’engager à respecter un code déontologique

Durant la discussion modérée ensuite par la journaliste Anke Plättner, le débat d’opinions est resté des plus pacifiques. Wolfgang Sobotka, président du Conseil national autrichien, y a réclamé que les plateformes numériques soient encadrées. Selon sa proposition, les fournisseurs de plateformes de réseaux sociaux devraient s’engager à respecter un code déontologique, comme le font les médias traditionnels. 

Maria Elisabetta Alberti Casellati, présidente du Sénat italien, et Roberta Metsola, vice-présidente du Parlement européen, ont souligné combien la démocratie représentative restait d’une importance essentielle et ne pouvait pas être remplacée par le numérique. La numérisation peut néanmoins accroître la confiance dans les institutions européennes. 

L’Assemblée de la République portugaise a quant à elle renforcé sa présence sur Internet et les réseaux sociaux, d’après sa vice-présidente, Edite Estrela. L’objectif est de mieux communiquer ce que les députés font dans les parlements et quels thèmes sont discutés dans les différentes instances. 

Le président du Sénat français, Gérard Larcher, a estimé pour sa part qu’il fallait mettre le numérique au service de la démocratie représentative. Il propose de créer un registre des meilleures pratiques, par exemple concernant l’approche à avoir vis-à-vis des « fake news », afin de parvenir à des normes européennes communes. 

Meritxell Batet Lamaña, présidente du Congrès des Députés espagnol, a attiré l’attention sur les mesures adoptées à la suite de la pandémie en matière de télétravail et de vote numérique au parlement. Certains réclament maintenant de prolonger ces mesures après la pandémie, mais elle ne partage pas cet avis. « Je considère la présence en salle plénière comme un élément essentiel de la discussion parlementaire », a-t-elle souligné.

« Censure démocratique » des plateformes sociales

Pour László Kövér, président de l’Assemblée nationale hongroise, il faut se poser la question de savoir comment appréhender la « censure démocratique » des plateformes sociales. La gauche qui tient toujours la démocratie en haute estime affirme selon lui qu’il ne doit pas y avoir de démocratie pour les ennemis de la démocratie. Mais les forces de gauche veulent décider elles-mêmes qui sont ces ennemis, dénonce le président du parlement hongrois, qui émet des doutes quant au caractère ouvert du débat qui est mené.

Pour Igor Zorčič, président du Assemblée nationale slovène, malgré tous les avantages de la numérisation, il faut aussi être conscient des risques qu’elle implique. Comme les marchés développent sans cesse de nouveaux produits, y compris des produits qui conduisent à une sorte de « pseudo-démocratie », il est nécessaire d’avoir une régulation. Les géants du numérique doivent dès lors être encadrés. « Nous ne pouvons pas nous fier uniquement à leurs propres règles », a souligné Igor Zorčič. 

Pour Francesca Bria, l’Europe doit avoir sa propre souveraineté numérique

En conclusion du débat, Francesca Bria a à nouveau évoqué la prédominance des fournisseurs américains en matière d’offres numériques. « Il est temps que l’Europe acquière sa propre souveraineté numérique », explique-t-elle. Le développement d’un nuage européen des données est une bonne chose : il s’agit de créer en Europe des espaces de données qui soient garants de la sphère privée et de la souveraineté des citoyens européens. 

Pour Reiner Haseloff, la question qui se pose finalement est de savoir comment il se fait que l’Internet ait été conçu par un Européen « et que nous n’ayons malgré cela pas été en mesure de développer le projet commercial de manière à faire évoluer la planète dans un village numérique commun ». Il faut à l’avenir que les idées qui émergent en Europe deviennent aussi des modèles commerciaux efficaces à l’échelle mondiale « afin de ne pas devoir à nouveau les réglementer a posteriori », a réclamé le président du Bundesrat. (hau/10.05.2021)

Vidéos de la conférence des présidentes et présidents des parlements du 10 mai 2021

00:03:11

Vidéo de la conférence des présidentes et présidents des parlements

Retrouvez ici en bref les thèmes principaux de la conférence des présidentes et présidents des parlements des États membres de l’UE et du Parlement européen, organisée par le Bundestag allemand en collaboration avec le Bundesrat le 10 mai 2021

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Vidéo de la conférence des présidentes et présidents des parlements

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Vidéo de la con­fé­rence des pré­si­dentes et présidents des par­le­ments